Noyer le poisson [Episode 20]

ATTENTION : L’épisode qui suit dévoile des éléments clés de l’intrigue. Je vous encourage vivement à lire les épisodes précédents si vous ne l’avez pas déjà fait avant de commencer à lire celui ci.

Bonne lecture

Pelagos

Très honnêtement, à ce moment, j’aurais préféré avoir autre chose à dire au commandant. Mais c’était la vérité. L’objectif, quoiqu’il puisse être, était manifestement un cimetière sous-marin. Je déglutis. Le sel commençait à me brûler les lèvres.

 » Je perçois deux présences encore en vie… et … rien d’autre. J’ai beaucoup de mal à entrer dans leur tête, vu leur état. Mais manifestement, ils … ils ont été surpris par des … espèces de commandos… tout s’est passé très vite… »

Je dus faire une pause. L’esprit que j’infiltrais venait de rendre son dernier souffle ce qui me provoqua un haut le cœur. Je mis toutes les forces dont je disposais en œuvre pour extraire le maximum d’informations du second avant qu’il… Enfin…

« Poursuivez, fit la voix du commandant, plus ferme.

– Pardon. Ils … 13 morts, je compte 13 morts, mais il y en a probablement plus. Mon commandant, c’est un vrai carnage là-dedans. Ils y sont allés aux disques à fragmentation.

Les disques à fragmentations. Des calamités métalliques se divisant en dizaines de lames tranchantes lacérant tout sur leur passage, et promettant une mort sale et douloureuse. Ce n’était pas une arme de pirate. Bien trop onéreux. Je poursuivis.

« Ils n’ont eu le temps de rien. Ils ont à peine aperçu leurs agresseurs. Je… »

Je dus m’interrompre une seconde fois. Une gerbe de sang coula de mon nez, dans mon respirateur. Je me mis à tousser, en retenant l’embout pour ne pas boire la tasse.

« Ok, Mayr ça ira. Gradstein, aidez Adama à envoyer un message en TBF à l’Exilé. Expliquez-leur la situation.

Il y eut encore un blanc dans les communications, mais pas assez long pour me laisser espérer un repli. Pas suffisant non plus pour réaliser que sans le drone d’Adama, on ne pouvait plus faire machine arrière, avec le champ de mine.

« Mais je comprends pas un truc, dit soudain Jenkins. S’ils se sont fait attaquer, pourquoi les soldats en fonction dehors ne sont pas intervenus ?  »

Il n’y avait malheureusement qu’une seule réponse à la question de Jenkins.

« Je ne vois qu’une seule possibilité, lui répondit Zaiten. Les hommes qu’on a éliminés devaient être l’arrière-garde des agresseurs, en faction ».

Putain de merde. Mais qui, dans tout l’Océan, était assez con pour aller emmerder le SOLEIL NOIR ? Je veux dire à part une bande de génohybrides sur-entraînés dont c’est le travail ? En plus, on était en zone neutre ici. Aucune grande Nation n’avait le droit d’attaquer sans l’aval de l’O.E.S.M. Et c’est nous qui l’avions.

 » Mayr, m’ordonna Zaiten, trouvez des survivants qu’on en interroge un.

– C’est inutile, objecta la voix calme de Mallone. Ils sont tous morts, selon vos ordres. »

Encore un silence gêné. Merde merde merde…

Soudain, quelque chose me revint. Les soldats… ils étaient terrorisés à l’idée de nous affronter… Je n’avais pas prêté assez attention aux signes. ILS NOUS ATTENDAIENT PUTAIN, ils savaient que nous allions venir !

Les choses devenaient plus claires. C’était la faute de cette enculée de taupe. Tout était de sa faute. Ils devaient forcément être au courant. Il me fallait vraiment agir au plus vite. J’étais trop faible pour rentrer mentalement dans la tête de quiconque, et dans l’eau, j’étais une proie facile pour un génohybride.

« OK. Commandant, je propose d’entrer dans le SAS. Il y a des chances que l’ouverture ait déjà été forcée. J’ai peur que les renforts de nos agresseurs nous tombent dessus.

– Très juste. Adama vous pouvez bougez ? Alors très bien. Allez tout le monde, on rejoint Mallone et Mayr. »

Je pris une profonde inspiration. Mon plan premier était tombé à l’eau lorsque Roy était tombé dans le champ de mine, mais on allait adapter. Le SAS était un endroit clos. A l’intérieur, la taupe y serait faite comme un rat. Surtout si j’étais entouré des gars de l’unité. Ce connard d’hybride allait crever comme un gobie pris dans une système de ventilation.

Les hommes nous rejoignirent quelques instant plus tard. Jenkins aidait Zaiten, et Tourkarht et Gradstein s’occupaient de Roy. Nous avançâmes en formation militaire, jusqu’à ce fameux SAS, qui n’en était pas vraiment un, plutôt un bassin pour navire léger, doté d’une porte pour les plongeurs. Bon, c’était pas grave, ça changeait pas grand chose.

Tourk et Gradstein emmenèrent Adama devant le mécanisme. Après l’avoir péniblement ausculté, il nous signifia d’une main tremblante qu’effectivement, il était déverrouillé. Il ajouta qu’on pouvait facilement activer la porte de l’extérieur, avant de s’évanouir quelques instant plus tard. Il perdait trop de sang. Gradstein se précipita sur lui, mais il ne pouvait pas faire de miracle, surtout pas sous l’eau. Je devais les observer avec insistance, parce que Jenkins me mit la main sur l’épaule.

 » Ouais, il est mal en point, me signa-t-il. Mais c’est déjà un miracle qu’il soit encore en vie. Il s’est pris une mine, pas une étoile de mer. Mais il va s’en sortir, c’est un dur ».

Le commandant prit alors la parole.

« On rentre tous, puis on attends que tout le monde soit dedans pour faire le vide. De toute manière ils sont tous morts, là-dedans, alors autant rester groupé, nous signifia-t-il d’une voix tendue.

Super. Merci commandant. Le différentiel de pression devrait nous forcer à poireauter quelques minutes dans le SAS de toute manière. Ça allait grandement simplifier mes affaires.

Jenkins s’avança jusqu’à la porte, et l’examina avec attention, ses soldats derrière-lui, arme aux poing. Il actionna le petit panneau de commande, avant de nager d’un bond au-dessus de la porte, laissant cette dernière s’ouvrir sous les armes de ses hommes. Le SAS était vide. RAS.

Les membres de l’unité entrèrent un à un, Jenkins en tête, Tourkarht fermant la marche. Une fois à l’intérieur, ce dernier activa la commande et l’eau commença à descendre, alors que la tension montait. Je ne m’étais jamais senti aussi nerveux.

Alors que l’eau descendait en dessous de ma taille, je m’empressai d’enlever mon casque. J’avais l’impression d’en avoir rêvé depuis toujours, et lorsque l’air humide et puant de la station se mit à emplir mes poumons, je ne pus contenir un soupir de bonheur. Je ne sais pas comment ils font, les hybrides. Moi c’est l’Océan qui me rend claustrophobe.

Mallone, Jenkins et Zeiten enlevèrent également leur dispositif leur permettant de parler. Tout autour de nous, les hommes ajustaient leurs équipements pour être plus efficaces à l’air libre, enfin à l’air des stations. Les visages n’étaient cependant pas sereins pour autant ; mes compagnons étaient tendus, sur le qui-vive.

Lorsque l’eau fut évacuée, la décompression commença. Roy se réveilla et se mit à gémir : le changement de pression rouvre en effet souvent les blessures. Zaiten devait souffrir également, mais lui restait stoïque. Il s’était assis contre le mur, sa jambe tendue, et resserrait les sangles qui maintenaient l’attelle. Un compte à rebours s’afficha sur le mur devant nous : 8 minutes de décompression. Les gars commençaient à se reposer un peu. Très bien, à moi de jouer.

Je saisis le petit calibre le long de ma cuisse et me dirigeai vers le module de commande du SAS.

 » Mayr ? Qu’est-ce que tu fais ? »

J’actionnai le système d’arrêt d’urgence de la décompression, et pointais mon arme vers notre groupe, tout autour de moi. A ce moment-là mon regard tomba sur mon reflet, dans la flaque d’eau à mes pieds. Mon reflet qui braquait de son flingue un commando complet de génohybrides du G.S.I.

« Que personne ne bouge. J’ai besoin de votre attention à tous. »

Les soldats autour de moi me dévisagèrent d’un air surpris, étonnés. C’est à peine si un ou deux d’entre-eux sortirent leur armes pour me braquer. Je pouvais discerner l’incompréhension dans leur regard. Mais qu’est-ce qu’il faisait le petit scientifique ?

Seul Zaiten était calme, et me fixait d’un air attentif, concentré. Je remarquai qu’il avait, lui aussi, sorti son arme, mais ne la pointait pas dans ma direction. Il avait compris immédiatement, bien entendu. Jenkins s’avança lentement vers moi, les paumes en avant.

 » Mayr. Je ne sais pas ce qu’il te prend, mais pose ce flingue à terre, me dit il d’une voix faussement calme, tu vas te faire un second trou de balle. On est entre nous…

– La ferme. »

Je frissonnai à ce moment-là. C’était la première fois que je me permettais d’interrompre ouvertement mon Lieutenant. Je pointai le bout de mon flingue vers sa tête. Mais pourquoi avait il fallut que Roy soit dans les choux, putain…

 » Reculez Jenkins. Mallone, si vous faites un pas de plus je vous descends. Je ne veux aucun mal à quiconque. »

Je réalisai la stupidité de ma phrase, et une nouvelle montée de stress me gagna.

 » Il y a une taupe parmi nous, et ma mission est de l’appréhender, maintenant, sur ordre du commandant. »

Toute l’équipe se tourna alors vers Zaiten. Il y eu un moment de silence, tendu, puis celui-ci hocha finalement la tête. Les soldats qui avaient sorti leurs armes les baissèrent, et se mirent à m’écouter, attentif. Gradstein, qui avait arrêté de s’occuper de Roy à ma première injonction, se remit à la tache. Ce dernier se redressa un peu pour pouvoir voir la situation, et me lança un regard coupable. Coupable de ne pas être à ma place à jouer la chèvre, comme nous l’avions prévu initialement.

Tourkarht n’avait pas rangé son arme pour autant. Je le fixai droit dans les yeux, et ce fut lui qui baissa les yeux le premier, avant de finalement baisser le canon de son pistolet lourd. Zaiten le regardait fixement, prêt a agir. Il devait penser que la taupe, c’était lui. Il se trompait.

« Je vous demanderai à tous de bien vouloir appréhender l’homme que je vais désigner, sans lui faire de mal. Nous avons besoin d’informations sur la situation, et je ne suis pas au mieux de ma forme pour aller les chercher ».

Comme pour appuyer mon argument, je remarquai à ce moment que du sang me coulait du nez. En plus, je n’avais pas mes lunettes, et la lumière vive des néons du SAS commençait à me faire mal aux yeux.

Les soldats commencèrent à braquer leurs armes, prêts à agir sur mon ordre. Lentement, le canon de mon pistolet parcourut la foule… avant de s’arrêter devant l’un de mes compagnon d’arme. Qui me fixa d’un air calme, nonchalant, presque non concerné, puis finalement se mit à hausser ses non-sourcils.

« Soldats, mettez le Lieutenant Mallone aux arrêts ».

>>> à suivre…

🙂

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