Noyer le poisson [episode 11]

Le module de largage des commandos. Jamais je n’aurais pensé me retrouver dans cette situation, dans ce petit sas ou l’eau montait rapidement. De stress, je rajustais mon respirateur. Mon dispositif respiratoire était bien plus compliqué que celui des hybrides de la mission. Je ne filtrais toujours pas l’eau moi, même si le principe était le même : mes bestioles allaient faire le boulot. La contrepartie, c’est qu’il ne fallait pas que je descende trop profond trop vite, ou mes poumons allaient souffrir.  Je devais faire attention aux paliers de décompression, même si, mon respirateur ne comportant pas d’azote, ces derniers étaient moins drastiques.

A ce moment-là, je croyais que j’allais  me mettre à penser à des trucs du genre  » je vais mourir, que le trident me vienne en aide », mais je me surpris moi-même à être étrangement calme. Je savais ce que j’avais à faire, comment, et pourquoi. Et c’était regrettable mais je n’allais pas hésiter. Stressé donc, mais déterminé. Et puis je n’ai jamais cru a toutes ces conneries de Trident de toute manière.

Les lumières s’allumèrent, signe que le largage était imminent. J’essayais de bien me positionner pour ne pas me prendre les palmes dans l’ouverture. Le bâtiment coupait les moteurs. LE moment de stress, ou plutôt d’appréhension. Je fermais les yeux. La voix de Zaiten, dans mon casque.

 » Allez les enfants on y va. Compte à rebours. »

Et une voix métallique se mit a résonner dans nos communicateurs. Rapide, bien trop rapide.

« 10.  »

Je me suis demandé si ça n’avait pas été que ça, finalement, jusqu’ici ma mission au G.S.I. Un compte à rebours avant  ce moment-là.

« 9 ».

Je jetais un coup d’œil rapide à mon aide de plongée, mon petit ordinateur de poignet, pour me rassurer. Tout allait bien, il était bien attaché. Ma vraie mission pouvait débuter. Allé.

« 8 ».

Trouver Zaiten. Enfin, l’esprit de Zaiten. Ok, je l’avais.

« 7 ».

Y entrer. Rien de plus simple. Plus de stress, juste de la détermination.

« 6.
– Commandant, je sais que vous m’entendez. Ne me répondez pas. J’ai mené mon enquête. Je sais qui est la taupe, et pourquoi.  »
Oui, il y avait bien une taupe dans nos rangs.

« 5.
– Je m’en chargerai, mais en temps voulu. Je ne vous en dis pas d’avantage, mais je vous couvre. Il se pourrait qu’ils aient des mentaux, là-bas. »
Un hochement de tête mental. C’est ce qu’il attendait de moi. Hola, mais c’est un sourire ça, mon commandant ?

« 4.

– Tout le monde est essentiel à la bonne réussite de la mission. Donc une fois là-bas, je le liquiderai. Mais pour l’instant, on à besoin de tout le monde. Je … il se peut que j’ai besoin de vous. Je n’ai jamais … tué personne.  »

Encore un sourire mental. Je lisais de la fierté dans les pensées du colosse. De l’estime.
Mais il y avait aussi quelque chose d’autre. Il était satisfait de … lui-même ? Ah d’accord. C’est lui qui m’avait envoyé Jenkins.

« 3.

-Merci commandant.  »

Fin de contact. Il me fallait encore vérifier mes capsules de défenses. 1, 2, 3. Ouais. Tout était là. Des dinoflagellés. De petits organismes planctoniques connus pour leurs toxines. Normalement foudroyantes, elles deviennent de véritables calamités une fois que les dinoflagellés sont soumis à mon Empathie Planctonique.

« 2. »

Je retins ma respiration. C’est stupide, mais c’était un réflexe. Tout le monde retient sa respiration la première fois. Le bruit du dispositif qui commençait à s’armer raisonna.

« 1. »

Le dernier moment de calme…

 

 

 

 

 

 

 

 

…et tout d’un coup, la tempête.

Je me rappelle avoir crié, puis avoir repris mes esprits au milieu de l’onde amère. Immédiatement, je me mis à nager vers la formation de plongeurs devant moi. Ils étaient tellement rapides, filant comme des flèches, leur corps souples d’hybride ondulant harmonieusement dans les eaux sombres environnantes. Le spectacle était à couper le souffle, mais je les perdais déjà de vue tant leur vitesse était grande. De véritables espadons fendant la mer. Déjà, les hommes de Mallone disparaissaient, chacun de leur coté, dans la pénombre bleue.  Déploiement.

Je nageais aussi vite que possible, mais j’avais l’impression de faire du sur place. L’eau était froide, à cette profondeur, et stérile.  L’endroit était un cimetière planctonique, et seuls les fossoyeurs y vivaient. La voix de Zaiten se fit alors entendre dans mon casque.

« Ok. Adama, avec moi, on va chercher Mayr. Gradstein et Tourk, restez avec Jenkins.  »

Je n’eus pas le temps de répondre qu’une  large silhouette se détacha du groupe et fondit sur moi, accompagnée de près par une silhouette plus petite, mais plus rapide. Les deux soldats me prirent par les épaules, et se mirent à nager. Je ne pouvais que me laisser porter.

En quelques minutes, je me retrouvai entouré de plongeurs, dans la pénombre de la colonne d’eau.  La plupart d’entre-eux ne communiquaient que par langage des signes, leurs visages devant être immergés pour pouvoir respirer. Les officiers, eux avaient un dispositif accroché sur leurs casques, ce qui isolait leur bouche et  leur permettait de parler par la même occasion.  Moi, j’avais du mal à rester sur place, pagayant comme un forcené pour me maintenir. Je me rappelle avoir heurté la carrure massive du major Tourkarht, qui me retint par les épaules. J’avais l’impression d’être un sac de plongée…

Jenkins fit quelques signes de la main et le groupe se mit à avancer doucement. Même à allure lente, les hybrides étaient trop rapides pour moi: je devais accélérer la cadence pour arriver à les suivre.

 

Nous avancions, comme ça, à tâtons, depuis dix bonnes minutes, lorsque Mallone réapparut. Il s’approcha du commandant, et se mit à enchaîner une série de signes dont je ne connaissais pas la signification, puis lui indiqua une direction.  Étrange… je comprenais pourtant bien le langage des signes, Mallone s’en était lui même assuré avant de me laisser prendre l’eau. Au moins une chose que je faisais bien. Mais là, ces signes là ne me disaient rien du tout. C’était visiblement un rapport, mais de quoi ?

Zaiten, lui, sembla comprendre, il signa en réponse quelque chose qui signifiait « très bien, retournez à vos positions ». J’en profitais pour utiliser mon talent d’empathie planctonique pour faire un check up du groupe. Tout allait bien. Les réactions se déroulaient correctement, bien qu’en rendement faible à cause de la luminosité déclinante.

« Commandant? RAS sur les respirateurs. Mais il va commencer à faire nuit. Gaffe. Descendez pas trop non plus. »

Hochement de tête de Zaiten. Il aurait été plus simple de mener l’assaut au matin, mais on avait déjà pris trop de retard avec cette histoire de noyade d’hybride. On avait plus de temps devant nous.

 » C’est bon, Mayr.  Mallone et ses hommes ont localisé l’objectif, et il est éclairé. Le talus est à un demi mile Sud-Sud Ouest.   On peut y aller. Par contre …  »

Puis il se tourna vers moi.

« Mallone me rapporte que les installations sont protégées par un champ de mine IDS. Alors Mayr, vous allez faire ce que je vous dis.  Si vous faites un seul faux mouvement de palme, on y passe tous. »

Très bien. J’aurais au moins appris comment on disait « champ de mines IDS » en langage des signes. Merci Mallone.

>>> A suivre…